Introduction à cet échange fictif
Ils se sont rencontrés par la plus grande des coïncidences.
A Paris pour des raisons différentes, ils venaient pourtant du
même endroit, la Nouvelle-Calédonie.
Elle n'était pas vraiment heureuse à Paris, trop froide, trop
grande, cette ville, elle ne l'a subissait que parce que son chéri y avait un
poste bien rémunéré qui lui permettait d'aider sa mère malade à Nouméa.
Lui, il n'y était que parce qu'il avait tenté de suivre sa chérie.
Il était maintenant seul, au chômage, célibataire et sans réelles perspectives
d'avenir construites.
Le hasard leur avait permis de se rencontrer dans cette immense
ville, à la croisée des chemins.
Un petit déjeuné organisé par un ami commun.
Elle ne lui avait témoigné aucun gage d'intérêt pendant cette
rencontre, hormis peut être s'être accrochée à son bras pour synchroniser leur
marche pendant qu'ils discutaient.
Son homme, qui marchait plus loin devant, semblait
totalement détaché du phénomène qui était en train de se produire.
Le temps passa depuis cette rencontre, quelques semaines.
Elle l'appel :
"Pourrais tu passer à l'appartement ?
Un problème d'informatique."
Le rendez vous est donné.
Elle est seule. Il règle rapidement ce problème d'informatique
puis reste pour déguster avec elle le café qui lui est offert ainsi qu'une tarte
à la fraise qu'il a apporté pour être poli.
Cette après-midi passe très vite, pour l'un et pour l'autre.
Au moment de partir, il se fige et hésite :
" Heu ! Je sais que je ne devrais pas le dire, et
probablement que j'ai tort de le faire, mais voilà...
Je souhaiterai simplement que tu saches.. Dans une autre vie, un
autre temps, au autre lieu...si tu n'étais pas en couple avec Ludovic...je...heu...souhaiterai
que tu saches que tu me plais vraiment énormément..."
Il saute dans l’ascenseur, et disparait.
Dans la rue qui descend de chez elle et qui mène à la bouche de
métro, il rougit, il songe qu'il n'aurait pas dû, qu'il est idiot de s'imaginer
qu'il pourrait avoir le moindre effet sur quoi que ce soit, décidément il n'est
vraiment pas bien ces derniers temps.
En arrivant chez lui, dans le 15 ème,
il reçoit cette lettre par courriel :
"Je l'aime plus que tout au monde. Je serais capable de tuer
quelqu'un s'il me le demandait, je serais même capable de le laisser partir
s'il le désirait. Seuls ma mort ou le bien être physique de mes proches peuvent
constituer un frein à ce qu'il peut me demander. Ça devrait te laisser imaginer
toute l'estime et l'admiration qu'il devrait t'inspirer pour susciter de tels
sentiments chez une personne aussi égoïste et aussi attachée à sa survie que
moi.
Il renferme en lui une magie que je convoite et que j'exploiterai
tant qu'il voudra bien me laisser le faire.
Si jamais mes actes devaient le mettre en danger, je mettrais
fin à chacune de mes pulsions, à chaque petite parcelle de ma liberté, sans une
once d'état d'âme. Et ce avant même qu'ils se produisent.
Je sais exactement ce que je ressens en ce moment. Sur ce point
précisément, je souhaite que tu ne crois en aucun cas à mon apparente naïveté.
Rien ne m'intéresse plus que l'attrait de la nouveauté, cette étincelle
d'inconnu qui fait palpiter mon coeur plus vite, qui me fait attendre le
lendemain avec impatience et appréhension. Une illusion. Un jeu. Une expérience
éphémère qui dans ce cas-ci nécessite une limite que je me suis imposée, une
ligne rouge qu'il est excitant de frôler, de caresser, sans jamais jamais
jamais la dépasser. Je la connais. Et s'il te semble intéressant de t'en
approcher pour voir où je l'ai mise (tu serais sans doute déçu), ce sera en
sachant que ces moments volés au temps cesseront aussi brusquement qu'ils ont
commencés.
Sache que je ne ressentirai aucun remords sur ceci ou sur plus
tard, aucune jalousie envers tes partenaires présentes ou futures, aucun
regret, aucun manque, rien qui te fasse penser que je puisse t'aimer comme je
l'aime, que je puisse te respecter comme je le respecte.
Je voudrais que tu te poses des questions et que tu pousses tes
pensées à leurs plus hauts degrés de conscience pour te pencher sur chacun de
mes mots et les comprendre. Alors seulement, dis moi ce que tu veux. Relis
encore une fois, deux fois, mon message.
Demain, je saurai à tes réactions ce que je souhaite savoir et
comment réagir.
Je suis désolée d'écrire de telles choses, à défaut d'être capable
de les dire à haute voix, et c'est sans doute risible à tes yeux étant donnée
tes expériences passées. Mais c'est important pour moi. Et quoiqu'il se passe,
je continuerai à te voir comme une personne avec qui rire et manger des tartes
aux fraises."
Mauricette
Voisin
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